Piolets d'Or - Piolet d'Or Carrière 2019

2019 - Krzysztof Wielicki

Par Piotr Drożdż et Lindsay Griffin
©Krzysztof Wielicki archive

Né en janvier 1950, Krzysztof Wielicki demeure l’un des plus éminents alpinistes de "l’âge d’or de l’escalade himalayenne polonaise". Il a commencé à grimper à l'âge de 20 ans, pendant ses années d'études (un diplôme en génie électrique). À l'instar de la plupart des alpinistes polonais de cette époque, Wielicki a progressé régulièrement sur la route menant aux grands sommets de l'Himalaya-Karakoram. Il a d'abord grimpé dans les Hautes Tatras, où sa plus belle réalisation fut sans doute la première ascension hivernale de l’intégrale de la face du Kazalnica (1973). Il a également grimpé dans les Alpes et les Dolomites, où il a effectué la première ascension en une journée de la route franco-italienne sur Punta Tissi, une référence dans le domaine des ascensions rapides qui deviendra légendaire par la suite. En 1974, il obtient son diplôme dans le Caucase où, cette année et celle qui suivit, il gravit des voies difficiles sur les versants nord de Dych-tau, du Krumkol et du Koshtan-tau. Dans les années 1970, les Polonais furent très actifs dans la haute Hindu Kush, en Afghanistan. Il n'est donc pas surprenant que la première expérience de haute altitude de Wielicki ait eu lieu dans cette région. En 1977, en tant que membre de l'expédition du club de montagne de Wroclaw au Koh-e-Shakaur, culminant à 7116 m, lui et ses deux compagnons effectuèrent une ascension de plusieurs jours en style alpin du contrefort gauche d’une hauteur de 2600m, situé sur la face nord-est. Il a ensuite poursuivi en 1978 avec une visite au Pamir et des ascensions rapides du Pik Communism et du Pik Korzhenevskaya. En 1979, il effectue sa première visite dans l'Himalaya. Cela donne lieu à une autre première ascension remarquable de style alpin dans des conditions difficiles : la face ouest de l'Annapurna Sud (7219m) en six jours. Cependant, c'est l'année suivante qu'il scella sa place dans l'histoire de l'alpinisme, lorsque le grand spécialiste de l'alpinisme hivernal dans l'Himalaya, Andrzej Zawada, l'invita à une expédition dans l'Everest. Le 17 février 1980, Leszek Cichy et Wielicki atteignent le sommet, ouvrant ainsi un nouveau chapitre de l’histoire de l'alpinisme en réalisant la première ascension hivernale d’un sommet de plus de 8000m. Dans les années 1980, Wielicki réalisa deux autres premières ascensions hivernales de 8000m : le 11 janvier 1986, il se hissa au sommet du Kangchenjunga avec Jerzy Kukuczka et le 31 décembre 1988, il réalisa seul l’ascension du Lhotse. Cette dernière ascension fut particulièrement remarquable. Quatre mois auparavant, il avait tenté, en style alpin, la face ouest jamais escaladée de 1200m du Bhagirathi II dans le Garhwal indien. À peu près à mi-hauteur du mur, l’expédition fut frappée par des chutes de roches qui tuèrent l’un de ses membres et blessa grièvement Wielicki, victime de plusieurs fractures à la colonne vertébrale. Il était encore en convalescence lors de son ascension du Lhotse. Il atteint le sommet en portant un corset orthopédique, sans oxygène supplémentaire, en une seule poussée du camp III situé à 7400m. À ce stade de sa carrière, Wielicki était déjà reconnu pour sa capacité à évoluer très rapidement dans un milieu pauvre en oxygène. Le 14 juillet 1984, il effectua la première ascension et descente en un jour d'un sommet de 8000m, en atteignant le sommet du Broad Peak en 15heures 30 à partir de la base avancée (au total 22 heures aller-retour, dont 19 passées à grimper). La même année, il gravit une nouvelle route au Manaslu.

©Krzysztof Wielicki archive
Expédition hivernale au K2 2002/2003 ©Krzysztof Wielicki archive
Ses ascensions de style alpin les plus remarquables sur les grands sommets ont peut-être été réalisées durant la dernière partie du cœur de sa carrière d’alpiniste. En 1990, il grimpe en solo la face Est du Dhaulagiri, atteignant l’arête nord-est à 7800m et d’où il descendit dans le mauvais temps, alors qu’il avait déjà atteint le sommet par l’arête deux semaines auparavant. Il a été le premier à ouvrir une voie directe dans le couloir central sur la face est, mais a ensuite approximativement suivi la route anglo-franco-polonaise de 1980 jusqu'à sa sortie sur l’arête nord-est. En 1993, il choisit la face sud-ouest de Xixabangma pour ouvrir un nouvel itinéraire, en solo, jusqu'au sommet d'un pic de 8000m. Cette face avait déjà un historique d’ascension en style alpin avec la route britannique de 1982, la route slovène de 1986 et la route polono-suisse de 1990. Comme lors de son ascension du Dhaulagiri, les principales difficultés se sont concentrées sur la partie supérieure de la face, juste avant d’atteindre l’arête sommitale. Si ces deux ascensions ont connu des moments difficiles, c'est son ascension en 1996 de la route Kinshofer au Nanga Parbat, en solo, qui, selon Wielicki, fut la plus difficile de sa vie. Après avoir atteint le sommet du K2 via l'arête nord (et effectué un bivouac à ciel ouvert dans une crevasse à 8400m d'altitude), il s'est directement rendu au camp de base du Nanga Parbat, où il prévoyait de participer à une expédition polonaise sur le Kinshofer. Mais c'était tard dans la saison, et l'expédition avait déjà quitté la région. Connaissant peu le parcours et ne connaissant personne sur la montagne, il décida de le tenter par lui-même, atteignant le sommet six jours après avoir quitté le village de Chilas. Avec cette ascension, il est devenu la cinquième personne à avoir gravi les 14 sommets de plus de 8000m. Après le Nanga Parbat, Wielicki ne retourna jamais au sommet de l'alpinisme mais choisit de mener de nombreuses expéditions, dont deux tentatives hivernales infructueuses sur le K2 et une première ascension hivernale réussie mais dans des conditions tragiques au Broad Peak. Il a également continué à effectuer des premières ascensions. Il a fait deux incursions exploratoires dans les vallées rarement visitées du Karakoram. La première en 2011, où il réalise sa première ascension de trois sommets de plus de 5000m au dessus du glacier de Koksil ; la deuxième en 2012, ou il grimpe un sommet de moins de 6000m dans le Virjerab Muztagh. Il est membre du Club des Explorateurs et a reçu en 2001 le prix Lowell Thomas pour l'alpinisme. En 2018, conjointement avec Reinhold Messner, il reçoit le prestigieux prix Princess Asturias pour le sport. C'était la première fois que le prix était décerné à des alpinistes.
Au camp de base avec Kurt Diemberger et Julie Tullis après l'ascension éclair du Broad Peak, 1984 ©Krzysztof Wielicki archive

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